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Dossier: Photographier la nuit

Jamaa Lefna, Marrakech

Photographier, c’est peindre avec la lumière. Voilà sans doute pourquoi, tant de photographes posent les pinceaux dès que le jour vacille, tels des peintres venant à manquer de gouache. C’est dommage car une fois le soleil couché, un monde nouveau s’ouvre à nos objectifs. On l’approche avec l’œil du reporter, en mettant à profit les ambiances particulières de la nuit. Ou avec l’audace du créateur qui, grâce à une kyrielle de techniques, d’effets spéciaux ou d’astuces très simples (pose longue, open-flash, light painting…), combinera à sa manière lumière et durée d’exposition pour transformer la vision naturelle des choses.

Photographier de nuit et photographier la nuit, ce n’est pas exactement la même chose. Dans le premier cas, on adapte sa technique de prise de vue en fonction de contraintes nouvelles: le manque de lumière, qui impose un temps de pose plus long, ou le contraste excessif entre parties éclairées et secteurs restés dans l’ombre, qui oblige à choisir la zone à privilégier, celle qui servira de référence pour le calcul de l’exposition. L’ennui, c’est que le mode Programme dont sont désormais dotés tous les appareils photo nous a rendus paresseux. Grâce à lui, on ne rate plus aucune image du fait d’une mauvaise exposition. Mais à cause de lui, les nouvelles générations de “photofeurs” ont fini par oublier que cette bonne exposition est le fruit de deux éléments distincts: un système de mesure de la lumière capable d’analyser l’ensemble de l’image et de déterminer une valeur d’exposition théoriquement idéale, et un programme d’exposition dont les algorithmes, aussi sophistiqués soient-ils, se terminent toujours par… un couple diaphragme/vitesse! Face à un même sujet, le plus pro des reflex risque donc de se retrouver à prendre une photo avec les mêmes paramètres que le plus basique des appareils mécaniques: 1/30 s à f/2,8! Pour réussir ses photos de nuit, il est judicieux de reprendre les commandes et d’agir sur les “manettes” à notre disposition. En reportage, si les scènes ne sont pas excessivement contrastées, il est tout à fait possible de laisser travailler l’automatisme, en veillant à ce que le temps de pose ne descende pas trop bas. Si le sujet impose d’être très réactif et de consacrer plus de temps au choix de l’instant et du cadrage qu’au réglage de l’exposition, passez l’appareil en mode ISO-Automatique en indiquant comme temps de pose minimum: 1/15 s si le système dispose d’une mode Stabilisation, 1/30 s dans le cas contraire. C’est une façon simple de se protéger du flou de bougé tout en n’augmentant la sensibilité ISO qu’en cas de nécessité. Si le sujet comporte des plages sombres importantes, abandonnez la mesure multizone, qui travaille sur l’ensemble de l’image, et passez en mesure spot (ou centrée) ou décalez le point de référence, en coïncidence avec la zone à privilé- gier, celle où se trouve le sujet principal: en géné- ral, on “fait la lumière” là où on fait le point! Avec un appareil intelligent, doté d’une mesure matricielle ou multizone, oubliez le correcteur d’exposition pour les photos de nuit: les paramètres choisis par l’automatisme ont déjà fait l’objet d’une correction — corriger une correction (!) dont on ne sait pas comment elle a été calculée n’aurait pas grand sens! Ces quelques précautions suffisent à résoudre les problèmes d’exposition et à se consacrer à l’essentiel, la composition. Par chance, la nuit, le manque de lumière facilite les choses car il conduit à travailler pratiquement toujours à grande ouverture donc avec une profondeur de champ très réduite. Oublié, l’arrière plan gênant: il disparaît dans le flou ou se transforme en taches de lumière sur lesquelles le sujet se détache mieux! Mais attention à la mise au point: quand la lumière fait défaut, on travaille sans filet et le moindre décalage se traduit par un sujet flou!

Tirez pas sur les zizos!

Le paquetage type du photo-noctambule se compose normalement d’un trépied et d’objectifs à grande ouverture. Le premier est indispensable dès que l’on s’attaque à des poses longues. Au dessous de 1/4 de seconde, assurer la stabilité de l’appareil est le seul moyen d’éviter que les points lumineux situés dans le champ se transforment en traces floues: pour le paysage ou l’architecture, il est absolument indispensable. Mais rien n’interdit de remplacer l’encombrant trépied par des astuces maison: une pince étau ou un sac de riz permettant d’assurer une assise stable au boîtier tout en restant maître du cadrage sont aussi d’excellentes solutions. Le recours aux objectifs à grande ouverture permet quant à lui de repousser le moment où il faudra “grimper dans les ISO”. Faute d’une luminosité suffisante, le zoom trans standard, si pratique en plein jour, reste à la maison lors des sorties de nuit: dès que la nuit tombe, pensez f/2,8, f/2, f/1,4! Voici d’ailleurs le moment de sortir du placard ce bon vieux 50 mm f/1,8, ancien objectif de première monte des reflex argentiques, tombé en désuétude depuis la vague numérique alors qu’il est excellent, pas cher du tout… et idéal pour la nuit! L’association d’un objectif lumineux, d’une durée d’exposition rallongée et d’un éventuel système de stabilisation évite de monter trop tôt en sensibilité et permet donc de retarder l’apparition du “bruit électronique” caractérisée par un fourmillement de petits grains et des ombres brunâtres. Avec les meilleurs compacts, la limite raisonnable se situe entre 800 et 1600 ISO; avec un très bon reflex, on obtient encore d’excellents résultats jusqu’à 6400, voire 12.800 ISO. Une fois ces limites atteintes et l’objectif bloqué à pleine ouverture, le seul paramètre dont on dispose encore pour réussir son image est le temps de pose. Si le sujet est fixe, un bon pied fera l’affaire; dans le cas contraire, il faudra accepter que l’image enregistre aussi… la trace du temps!

Les lumières de la nature

La nature réserve de délicieuses surprises: assister, en montagne, à l’arrivée des premiers rayons du soleil sur les crêtes ou voir le disque solaire s’enfoncer lentement dans un océan doré réveille inévitablement notre envie de déclencher. L’ennui, c’est que notre appareil photo n’est pas fait pour ça et que, face à ces éclairages atypiques, son programme d’exposition standard va effectuer mille calculs pour délivrer une photo “normale”, c’est-à-dire débarrassée de cette ambiance si particulière. Si vous en doutez, faites une expérience… Par une nuit de pleine lune, placez votre appareil sur pied face à un paysage, calez-le en Programme, activez le retardateur puis déclenchez. Après quelques secondes, vous obtiendrez une photo ressemblant à une image prise en plein jour, mais avec des couleurs un peu fades et un contraste plus faible! Pour bien photographier la nuit, il faut donc abandonner les modes d’exposition automatiques (comprendre “empêcher l’appareil de corriger la scène”) et choisir soi-même vitesse, diaphragme et, bien sûr, sensibilité afin de doser l’effet. En numérique, les essais sont gratuits et on visualise le résultat aussitôt, n’hésitez donc pas à multiplier les prises, en faisant varier l’exposition entre chaque vue. Pour mettre toutes les chances de votre côté, travaillez en mode Raw; les fichiers obtenus pourront ainsi faire l’objet d’un traitement ultérieur avec d’infinies variantes de personnalisation. Mais ne perdez jamais de vue qu’il sera plus facile de récupérer des détails dans les zones sombres que dans les hautes lumières. Bref, n’hésitez pas à sous-exposer fortement: non seulement c’est ainsi que l’on obtient les plus beaux effets, mais surexposer une photo de nuit n’aurait pas grand sens. Ces quelques précautions ne dispensent évidemment pas de savoir attendre le bon moment. Photographier la nuit n’est possible que si la nuit n’est pas complète: ce sont donc les lueurs et la pénombre qui nous intéressent, pas le noir profond d’un ciel sans lumière. C’est pourquoi les plus belles photos dites “de nuit” se font le matin, quand le ciel commence à s’éclairer mais que le sol est encore sombre ou durant les quelques minutes qui suivent le coucher du soleil. Les poètes parlent de l’heure bleue, cet instant magique entre jour et nuit, “entre chien et loup”, durant lequel le ciel vire au bleu intense, mais qui ne dure que quelques minutes. Si on le rate, il faudra revenir le lendemain… peut-être!

Même de nuit, la ville… rayonne !

La ville n’aime pas l’obscurité! À peine le jour tombé, les éclairages publics prennent le relais, mais modifient notre vision de la cité. Toute la journée, nous avons vu la ville éclairée par une boîte à lumière géante et donc sans contraste excessif: les rayons d’un violent soleil d’été et les ombres qu’ils provoquent ne sont rien comparés à ce que devient la rue, plongée dans le noir, mais seulement éclairée par des sources très ponctuelles. Nos yeux savent s’accommoder de cette situation nouvelle et peuvent, d’un même endroit, scruter le fond d’une ruelle sombre ou fermer les paupières pour balayer une vitrine baignée de lumière par une rampe d’halogènes. Pour l’appareil photo, c’est plus difficile: il faudra choisir. Sacrifier les hautes lumières pour fouiller les ombres ou accepter des plages noires pour échapper aux zones “cramées”. Or ce choix appartient au photographe et c’est à lui de l’imposer à son appareil en quittant le mode Tout Auto pour piloter lui-même l’exposition. Quand on travaille en couleur, les plus belles photos de nuit en ville sont obtenues une trentaine de minutes après le coucher du soleil, quand le ciel n’est pas entièrement noir: le contraste global n’est pas encore trop fort. Plus tard, tout dépend de la ville et du cadrage! Les grandes métropoles sont en général baignées de lumière: entre les éclairages publics, nombreux et puissants, les vitrines et les enseignes que l’on pourrait qualifier d’ultralumineuses, le flot des voitures et les façades claires qui se transforment en panneaux réflecteurs, on y voit presque comme en plein jour. Tant et si bien que, par mauvais temps ou quand un nuage de pollution flotte sur la cité, la lumière semble monter du sol et crée au-dessus de la ville un halo lumineux que l’on mettra facilement en évidence avec un cadrage large ou depuis un point d’observation éloigné. Face à une telle situation, le système d’exposition s’en sort bien, toute correction aurait même une légère tendance à la sous-exposition. Les choses changent quand on s’éloigne du centre-ville ou si l’on photographie ruelles ou villages de campagne. Les sources de lumière s’y font plus rares et deviennent donc forcément plus ponctuelles. Cette fois, on ne photographie plus “de nuit”, mais “la nuit” : le noir et la pénombre occupent la plus grande partie de l’image mais ils ne sont pas le sujet principal! On déclenche parce qu’il se passe quelque chose sous le réverbère ou dans le halo de lumière, c’est donc sur cette zone qu’il faut caler l’exposition. Et pour cela, une seule solution: la mesure spot!

Les couleurs de la ville

Dans un passé lointain, les photographes qui partaient photographier la nuit chargeaient des films “Tungstène”, équilibrés pour une température de couleur proche de 3200 K. En numérique, oubliez cette contrainte et, sauf en architecture ou pour des besoins très spécifiques, ne vous souciez pas de la balance des blancs. En ville, les sources de lumière sont si nombreuses et si différentes que vos efforts seraient vains. Profitez au contraire du mélange des néons, des lampes au sodium, des projecteurs quartz halogène ou HMI et des phares de voiture pour obtenir des ambiances insolites. Exploitez aussi le travail des architectes, qui soignent l’éclairage des bâtiments pour en souligner les lignes. Et, surtout, travaillez en Raw: plus tard, sur écran, il sera facile d’adapter le rendu final… à votre goût!

Street photography

Toujours à la mode, la “street photography” consiste à photographier l’homme dans la ville… ou la ville et les situations originales ou insolites qu’on y rencontre. Au hasard des rues, à pied, depuis le siège d’un bus, nous voici partis sur la trace de Robert Frank à la recherche de scènes spontanées. Peu importe l’appareil, pourvu qu’il soit prêt à déclencher rapidement car la situation risque de ne pas durer longtemps. Par la force des choses, le smartphone s’est peu à peu substitué au Leica. La qualité de ses images laisse à désirer, mais il offre l’énorme avantage d’être toujours disponible, ne nécessite aucun réglage et facilite le partage, notamment via les réseaux sociaux, friands de ce type de photographie. De plus, il est devenu un objet tellement banal dans notre environnement quotidien qu’il ne suscite ni méfiance ni réaction de défense. Le reporter peut donc cueillir ses images sans que le sujet s’en doute. La nuit, avec tous les codes de communication qu’elle suscite, renforce le caractère de ces images: solitude, tristesse, contraste entre la ville et ceux qui l’habitent ou vivent dans son ombre… à vous d’utiliser cette grammaire pour exprimer vos idées!

Même de nuit, net, ultra net !

Concilier photo de nuit et recherche d’une netteté maximum relève de la gageure! Parce que la lumière manque ou se fait plus rare, on utilise des temps de pose plus longs. D’où un risque important de flou de bougé. Parce que la lumière manque ou se fait plus rare, on exploite des sensibilités élevées avec pour conséquence une montée du bruit électronique, le “grain” des temps modernes, qui altère la finesse, donc le piqué des images. Parce que la lumière manque ou se fait plus rare, on préfère des objectifs très lumineux qu’on exploite à pleine ouverture alors que, justement, on sait que c’est à f/1,4 ou f/2 que les performances optiques sont les plus faibles et que la profondeur de champ est la moins importante. Faut-il pour autant baisser les bras? Renoncer à restituer les détails des câbles d’un pont suspendu, la façade d’un gratte-ciel ou la ramure d’un vieux chêne? La réponse est évidemment non! Elle passe par le choix d’une sensibilité raisonnable (pas plus de 800 ISO), d’un objectif de focale fixe calé sur sa meilleure ouverture (disons f/8), d’une mise au point aux petits oignons et du temps de pose découlant de toutes ces contraintes, pouvant aller jusqu’à plusieurs secondes. Avec, comme indispensable garantie, un solide trépied qui évitera tout flou de bougé. On obtiendra ainsi une image sur laquelle tous les éléments fixes seront parfaitement nets, ultra-piqués. Les éventuels éléments mobiles (piétons, véhicules, etc.) seront transformés en traces lumineuses ou noyés dans le flou ou pourront même avoir totalement disparu si la pose est très longue. Le résultat pourra encore être amé- lioré, en post-traitement, par une légère surexposition accompagnée d’un renforcement du contraste, par un effet HDR (doucement quand même sur les manettes) voir en agissant sur les paramètres Vibrance ou Accentuation.

Vive le flou!

On ne l’a pas vu faire, mais imaginez la tête des passants quand ils ont vu Cédric Huet secouer son Fuji X100s pour photographier sa panthère d’Oslo (en haut à droite)! La technique est une chose, la créativité en est une autre et face à certains sujets, il est parfois bon de sortir des sentiers battus. La photo de nuit reste un exercice difficile où l’on passe son temps à se battre avec les limites de son appareil. Temps de pose, sensibilité, contraste, plus rien n’est dans les normes: le résultat devient une affaire de goût, ou de choix. Un jour, on déclenche par mégarde: la photo est floue et pourtant on la trouve belle. C’est le premier pas vers une recherche esthétique qui ne connaîtra d’autre limite que l’imagination. En ville, on commencera par jouer avec les enseignes et les néons, en décalant la mise au point pour les transformer en halos ou en taches de couleur, ou en déplaçant volontairement l’appareil, durant la pose, pour créer des traces lumineuses. On jouera en fusionnant la trace floue d’un personnage qui passe et la structure parfaitement nette d’une façade ou d’une vitrine. Pour un effet plus marqué, ne pas hésiter à sous-exposer assez fortement pour augmenter la saturation des couleurs. Et si ça ne suffit pas, terminer le travail sur l’ordinateur en appliquant quelques filtres choisis. On est dans le domaine des effets spéciaux et du rêve; certains détestent, d’autres adorent. Pas grave, on fait d’abord des photos pour soi… et accessoirement pour ceux qui voudront bien les aimer!

Travailler les reflets

Pour que la nuit prenne vie, il faut de la lumière. Mais pour qu’une photo existe, il faut beaucoup de lumière. C’est la raison pour laquelle les plus belles photos de nuit sont réalisées quand le ciel est encore bleuté, bref quand il n’y a pas trop de noir dans l’image ! Par chance, la nature fait parfois bien les choses en créant des miroirs. Une aubaine pour les photographes. Les méandres d’une rivière, les reflets de la mer, la surface d’un lac voire une simple flaque d’eau vont non seulement créer une double image mais aussi servir de réflecteur géant. Sur la photo de Pierre Veyradier, ci-contre, une pluie fraîche fait briller le pavé et donne vie à la place. Dans la photo d’Hugo Journel, la silhouette au parapluie est magnifiée par un sol aux allures de métal précieux. Le mélange des lumières et de la couleur du sol peut créer des effets d’irisation imprévus qui donnent aux images un aspect irréel. Quand l’effet miroir est parfait, par exemple grâce à la surface d’un lac ou d’une rivière calme, il est possible de renverser l’image (symétrie verticale) à des fins graphiques. Mais on peut aussi profiter d’une surface tourmentée ou parcourue de vagues pour mettre en opposition la netteté du sujet et sa forme altérée par le miroir. Solution encore plus audacieuse : ne pas diriger l’objectif vers le sujet mais vers son reflet.

Ralentir la course du temps

Transformer une image fixe en une scène animée, représenter la vitesse sur une feuille de papier, faire filer des voitures, les ailes d’un moulin ou des étoiles sur une photo qui pourtant ne bouge pas… tel est l’exercice auquel se livrent les amateurs d’images nocturnes! Pour cela, une solution: augmenter le temps de pose proportionnellement à la vitesse de déplacement du sujet. On commence par installer l’appareil solidement sur un pied qui ne vibre pas au moment du déclenchement (activer le retardateur n’est pas une mauvaise idée). On s’assure ainsi de la netteté de tous les éléments fixes présents dans le champ, l’une des clés de la réussite de ce type d’image. On prépare ensuite son cadrage en ayant bien repéré les zones où passeront les objets supposés laisser une trace lumineuse. Puis on choisit la durée de l’exposition: quelques secondes pour un flot de voitures, plusieurs minutes pour les étoiles et la voûte céleste. Mais attention, une pose trop longue peut donner un fond surex’! Cette ultime contrainte oblige souvent à réaliser plusieurs essais en commençant par régler l’exposition sur le fond, puis à décaler progressivement le couple diaphragmevitesse en fermant le diaph d’un cran à chaque fois que l’on augmente la durée de la pause, jusqu’à trouver le bon compromis permettant d’obtenir l’effet filé choisi. Pour les éclairs ou les feux d’artifice, le facteur chance joue aussi: on espère juste que “l’événement” espéré se produira là où on l’attendait, avant que l’obturateur se referme!

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