Photographes

Louis Faurer: Un amour nommé New York

Louis Faurer, Accident, New-York,1952

Vivre de la mode, adorer la ville Un bon coup de crayon, remarqué par l’institutrice de la Benjamin Rush Public School de Philadelphie, aurait pu faire du jeune Faurer un collaborateur des studios Walt Disney si l’adolescent de treize ans n’avait pas été effrayé par la distance qui séparait la Pennsylvanie et la Californie. Louis Faurer commence par gagner quelques dollars en vendant des caricatures à Atlantic City avant de découvrir la photographie en 1937, à l’âge de 21 ans. Un premier prix remporté au concours amateur hebdomadaire du Philadelphia Evening Public Ledger suffit à envisager un métier dont les publications admirées de Walker Evans soulignaient la noblesse. Tout en suivant une formation de peintre lettriste qui servira peu, Louis Faurer s’intéresse d’abord aux rues de Philadelphie, affinant au Leica l’acuité d’un regard discret sur ses contemporains, dans un juste mélange d’empathie et d’esthétique. La fin de la guerre, qui l’a mobilisé comme technicien photographe pour l’armée américaine, marque le début de la collaboration de Faurer avec Harper’s Bazaar et Life, en même temps qu’il se laisse fasciner par New York.

Manhattan et plus particulièrement l’animation du carrefour de Times Square fourniront une grande part des inspirations de Faurer qui leur consacre les loisirs laissés par les nombreuses commandes de Vogue, Charm, Flair, Glamour, Look, Mademoiselle et toujours de Harper’s Bazaar, mais plus de Life, dont les reportages l’éloignaient trop souvent de sa chère mégapole. Tout autant que les conseils d’Alexey Brodovitch, le directeur artistique de Harper’s, la relation entretenue avec Robert Frank dont il partage l’atelier-laboratoire permet un échange amical et fructueux sur la manière de porter le banal au rang de chronique universelle. Distingué par Edward Steichen qui l’intègre à ses expositions “Out of Focus” de 1948 et “The Family of Man” de 1955, Louis Faurer acquiert une notoriété d’auteur confortée par une première exposition personnelle à la galerie Limelight, suivie de ses essais de cinéma expérimental de rue en 16 mm. Le retour à New York après cinq années passées au service de la mode entre Londres, Paris et Montréal laissera en 1974 l’impression amère d’une ville dénaturée par l’apparition du sportwear, du bermuda et du t-shirt qui altèrent la physionomie élégante et harmonieuse de Manhattan. Jusqu’à sa mort en 2001, Louis Faurer s’emploiera à classer un fonds d’images devenues précieuses, à le présenter à la faveur de conférences universitaires et d’expositions personnelles aux États-Unis, en Europe et au Japon.

 

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