
En 1957, Roland Barthes voyait dans le plastique que l’industrie fait alors entrer dans la composition de tous les biens quotidiens « la première matière magique qui consente au prosaïsme ». L’art des années 1960 n’est pas en reste : les assemblages d’objets d’Erik Dietman se voient recouverts d’une couche d’albuplast, Claes Oldenburg s’en sert pour composer ses environnements synthétiques, César trouve dans la mousse de polyuréthane le matériau de ses Expansions tandis que Martial Raysse se fait le chantre ironique de l’alchimie du plastique qui transforme le quotidien… En 1989, c’est sans arrière-pensées que le Néo-Zélandais Boyd Webb s’empare de sacs plastiques pour réaliser son tableau photographique Denizen, présenté en ce moment dans l’exposition Né(e)s de l’écume et des rêves au MuMa du Havre, saisissant l’illusion d’une méduse de synthèse par des moyens bricolés. Ironie du sort ou image prémonitoire ? La découverte huit ans plus tard par l’océanographe américain Charles J. Moore d’un « continent » de rebuts plastiques – aussitôt nommé « Great Pacific Garbage Patch » – entre la Californie et Hawaï n’a toujours pas été endiguée. Selon une étude publiée dans la revue Scientific Reports le 22 mars 2018, le vortex s’étendrait aujourd’hui sur environ 1,6 million de km2 , soit trois fois la France continentale, même s’il ne s’agit pas d’une masse compacte. Et la faune sous-marine a bien du mal à « consentir au prosaïsme » : pour Sea Shepherd, 36 % des espèces d’oiseaux de mer et 43 % des mammifères marins sont affectés par ces déchets, s’empêtrant et s’étouffant dans les vagues de plastique. « Le monde entier peut être plastifié », écrivait il y a soixante ans l’auteur des Mythologies, mais est-ce vraiment une bonne nouvelle ?